La justice ne se fragmente pas
Nos luttes sont multiples, mais elles ne sont jamais isolées. Elles se croisent, s’entremêlent et se répondent en permanence, parce que les discriminations ne fonctionnent pas séparément. Les oppressions se cumulent, se renforcent et prennent des formes différentes selon les parcours, les corps et les vécus.
C’est pour cela que nous adoptons une approche intersectionnelle. L’intersectionnalité permet de comprendre qu’une personne peut être concernée par plusieurs formes de discrimination à la fois, et que ces réalités ne peuvent pas être pensées indépendamment les unes des autres. Ignorer ces croisements, c’est invisibiliser une partie des vécus et affaiblir les luttes.
Qu’il s’agisse des combats queer, féministes, antiracistes, anti-validistes, écologistes ou d’autres encore, ces luttes partagent une même racine : la hiérarchisation des différences. Lutter ensemble, ce n’est pas diluer les combats, c’est au contraire leur donner plus de force, de cohérence et de justice.
Cette page a pour vocation de présenter ces luttes dans leur diversité, tout en rappelant qu’aucune émancipation durable ne peut se construire en laissant d’autres oppressions de côté.
La question qui nous revient le plus souvent, de la part des personnes concernées, comme des alliés:
Comment aider ?
Pour les personnes concernées
Être concerné par une discrimination, c’est souvent avancer avec un poids supplémentaire. Il n’y a pas une seule bonne manière de faire, mais certaines étapes peuvent aider à ne pas rester seul et à transformer l’isolement en soutien collectif.
Parler et ne pas rester isolé
La première étape, et souvent la plus difficile, est de parler. Mettre des mots sur ce que l’on vit permet de rompre l’isolement, de comprendre que ce que l’on subit n’est pas individuel mais systémique, et de commencer à se reconstruire. Cela peut se faire auprès d’un proche, d’une communauté en ligne, ou dans un cadre associatif.
Partager nos vécus, publiquement ou anonymement
Partager son vécu est un acte fort, mais jamais une obligation. Cela peut se faire de manière publique ou anonyme, selon ce qui est le plus sécurisant. Ces témoignages permettent de rendre visibles des réalités souvent niées, de créer de la solidarité, et d’aider d’autres personnes concernées à se reconnaître et à se sentir moins seules.
Aller vers les associations pour aider à son tour
Quand c’est possible, s’engager auprès d’associations peut aussi être une étape importante. Cela peut prendre différentes formes : écoute, soutien moral, accompagnement, redirection vers des ressources adaptées. Aider à son tour ne veut pas dire s’oublier, mais participer à une chaîne de solidarité où chacun fait ce qu’il peut, quand il le peut.
Pour les allié·e·s
Le rôle des allié·e·s est essentiel, mais il demande une posture spécifique. Aider ne signifie pas prendre la place, mais soutenir sans écraser.
Écouter les besoins des personnes concernées
La base du militantisme allié, c’est l’écoute. Les personnes concernées savent mieux que quiconque ce dont elles ont besoin. Il est important de partir de leurs paroles, de leurs priorités et de leurs limites, plutôt que de projeter ses propres idées de ce qui serait « utile ».
Parler quand il n’y a pas de personnes concernées, se taire quand elles sont présentes
Les allié·e·s ont un rôle clé dans les espaces où les personnes concernées ne sont pas là ou ne peuvent pas parler. En revanche, lorsqu’elles sont présentes, il est essentiel de leur laisser la parole, de ne pas parler à leur place et de ne pas recentrer le débat sur soi.
Fournir des ressources quand les personnes concernées sont épuisées
Le militantisme est fatigant, surtout lorsqu’il s’agit de lutter pour sa propre survie et sa dignité. Les allié·e·s peuvent aider en partageant des ressources, en faisant de la pédagogie, en répondant à certaines questions répétitives, afin d’alléger la charge mentale des personnes concernées.
Un regard extérieur peut aider, sans jamais recentrer le sujet
Un point de vue extérieur peut être précieux, notamment lorsque la fatigue, la colère ou le découragement prennent le dessus. Il peut apporter du recul, des idées nouvelles ou un soutien stratégique. Mais il est essentiel de garder en tête que les personnes concernées restent toujours au centre du sujet, de la lutte et des décisions.
Pour les proches
Les proches occupent une place particulière dans les parcours de lutte contre les discriminations. Iels sont souvent les premières personnes vers qui l’on se tourne, mais aussi celles avec qui il est parfois le plus difficile de parler. Leur rôle n’est pas d’avoir toutes les réponses, mais de créer un espace sûr, stable et bienveillant.
Briser les tabous
Briser les tabous, c’est avant tout faire comprendre à son entourage que l’on est ouvert à la discussion, sans préjugés ni idées toutes faites. Cela implique de poser un cadre clair : certaines questions sont légitimes, d’autres peuvent être blessantes. Créer cet espace de dialogue permet de désamorcer les non-dits et d’éviter que le silence ne renforce la solitude ou la honte.
Écouter sans juger
Les proches ne sont pas là pour réagir, débattre ou minimiser, mais pour accompagner. Écouter sans juger, c’est accepter le vécu tel qu’il est raconté, même s’il bouscule, même s’il est difficile à entendre. Les parents, en particulier, peuvent jouer un rôle important en aidant à orienter vers des structures adaptées, des professionnel·les ou d’autres personnes concernées, lorsque cela est nécessaire.
Proches également concernés
Il arrive que les proches soient eux-mêmes victimes de discriminations. Dans ces situations, il est essentiel de comprendre que les ressentis et les vécus peuvent être différents, même face à des oppressions similaires. Comparer les douleurs ou hiérarchiser les souffrances ne fait qu’éloigner. Reconnaître les différences permet au contraire de construire un soutien mutuel plus juste et plus respectueux.
La pédagogie, ensemble
Une personne concernée n’est pas un dictionnaire ni une encyclopédie. Elle peut être fatiguée, ne pas tout savoir, ou ne pas avoir la force d’expliquer sans cesse. La pédagogie peut alors devenir un travail commun : chercher des ressources ensemble, regarder des contenus éducatifs, lire, apprendre à deux. Cette démarche partagée est une manière concrète d’accompagner, sans faire peser toute la charge sur la personne concernée.