Un jour, quelqu’un a dit que les femmes « exagéraient » quand elles parlaient d’inégalités. La misogynie, c’est ça : minimiser, rabaisser et nier les expériences des femmes.
Lutte sociale / de genre
La misogynie désigne l’ensemble des attitudes, discours, pratiques et violences fondées sur la haine, le mépris ou la dévalorisation des femmes et des personnes perçues comme telles. Elle repose sur des rapports de pouvoir inégalitaires entre les sexes et constitue une discrimination structurelle reconnue comme une violation des droits humains.
La misogynie trouve ses origines dans des systèmes patriarcaux anciens, qui organisent la société autour de la domination masculine et de la subordination des femmes. Historiquement, les femmes ont été exclues de nombreux droits fondamentaux (droits politiques, économiques, juridiques), et assignées à des rôles sociaux limités, notamment reproductifs et domestiques.
Ces inégalités ont été justifiées par des discours religieux, philosophiques, médicaux et scientifiques qui présentaient les femmes comme inférieures, irrationnelles ou naturellement dépendantes. Malgré des avancées juridiques importantes, ces représentations continuent d’influencer les normes sociales et les institutions contemporaines.
Personne touchées
- Les femmes, dans toute leur diversité
- Les personnes perçues comme femmes
- Les femmes, dans toute leur diversité
- Les personnes perçues comme femmes, indépendamment de leur identité réelle
De manière renforcée, les femmes exposées à des discriminations croisées (racisme, validisme, LGBTphobies, précarité sociale).
D'où ça vient ?
- Inégalités de pouvoir économiques, politiques et symboliques.
- Stéréotypes de genre assignant aux femmes des rôles et des comportements attendus.
- Contrôle des corps et des sexualités, notamment par la violence ou la législation.
- Mise aux normes forcée des corps féminins, à travers des pratiques visant à “corriger” ou contrôler les femmes : excision, bandage des pieds en Chine impériale, étirement du cou dans certains contextes culturels, mais aussi pressions contemporaines à la chirurgie esthétique.
- Dévalorisation systémique du travail, des paroles et des compétences des femmes.
- Normalisation des violences, banalisées ou minimisées.
Ces mécanismes sont reconnus par les institutions internationales comme des causes majeures des violences faites aux femmes.
- Discriminations économiques (écarts de salaires, précarité, plafond de verre)
- Harcèlement sexiste et sexuel, dans l’espace public, au travail et en ligne
- Violences physiques, sexuelles et psychologiques, y compris conjugales
- Sous-représentation politique et médiatique
- Discours sexistes et déshumanisants, parfois institutionnels.
- Violences médicales et institutionnelles : mépris ou déni de la parole des femmes en santé, scandales liés à des produits gynécologiques toxiques (serviettes, tampons), obstacles à l’accès à l’IVG, et héritages médicaux ou psychanalytiques pathologisants (comme la notion d’hystérie).
L’OMS et l’ONU considèrent les violences misogynes comme un problème majeur de santé publique et de droits humains.
Si toi aussi tu subis de la discrimination, sache que tu n’es pas seul·e.
En parler est déjà un premier pas.
N’aie jamais honte de ton histoire.
Qu'en dit la Science?
La science définit la misogynie comme un système d’attitudes, de croyances et de pratiques hostiles ou dévalorisantes à l’égard des femmes et des personnes perçues comme féminines. Les recherches en psychologie sociale, en sociologie et en sciences politiques montrent que la misogynie ne se limite pas à des opinions individuelles, mais qu’elle s’inscrit dans des structures sociales, culturelles et institutionnelles qui normalisent le contrôle, la violence et l’exclusion. Elle peut se manifester de manière explicite, mais aussi sous des formes plus indirectes, comme la déshumanisation, la sexualisation, la disqualification de la parole ou la remise en cause systématique de la légitimité des femmes dans l’espace public.
Situation en Europe
En Europe de l’Ouest, des cadres juridiques solides existent pour lutter contre les discriminations et les violences faites aux femmes. Toutefois, la misogynie reste largement présente dans les pratiques sociales, les inégalités économiques et les violences sexistes et sexuelles.
En Europe de l’Est et dans les Balkans, la misogynie est souvent renforcée par des normes sociales conservatrices et des politiques publiques insuffisantes. Les violences envers les femmes y sont fréquemment sous-déclarées et mal prises en charge.
À l’échelle de l’Union européenne, les institutions reconnaissent la misogynie comme une discrimination structurelle. Les données de la FRA montrent qu’une proportion significative de femmes a subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie, malgré les cadres juridiques existants.
Situation Mondial
En Asie, la situation est très hétérogène. Dans plusieurs pays, la misogynie est renforcée par des normes patriarcales, affectant l’accès des femmes à l’éducation, à l’emploi et à la protection contre les violences.
En Amérique latine, la misogynie se manifeste par des niveaux élevés de violences faites aux femmes, y compris des féminicides. Les mouvements féministes y sont particulièrement mobilisés face à l’ampleur du phénomène.
En Afrique du Nord, les femmes sont confrontées à des discriminations juridiques et sociales persistantes, notamment en matière de droits familiaux et de libertés individuelles, renforçant les effets de la misogynie.
En Afrique subsaharienne, la misogynie s’exprime à travers des violences de genre élevées, des mariages précoces et des obstacles à l’autonomie économique, malgré des avancées législatives dans certains pays.
En Océanie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande disposent de cadres juridiques avancés, mais les violences misogynes et les inégalités de genre restent des enjeux majeurs, notamment pour les femmes autochtones.
En Amérique du Nord, les femmes bénéficient de protections juridiques importantes, mais la misogynie persiste sous forme d’inégalités salariales, de violences sexistes et de reculs sur les droits reproductifs dans certains contextes politiques.
La misogynie a des conséquences graves et mesurables sur la santé, la sécurité et les trajectoires de vie des personnes concernées. Elle est associée à une augmentation des violences sexistes et sexuelles, à une dégradation de la santé mentale, à des inégalités persistantes dans l’éducation, l’emploi et l’accès aux soins, ainsi qu’à une invisibilisation des besoins et des savoirs des femmes.
À l’échelle sociétale, la misogynie entretient les inégalités structurelles, affaiblit la cohésion sociale, limite la participation démocratique et freine le progrès scientifique, économique et culturel. Elle constitue ainsi un problème systémique aux effets durables, bien au-delà des comportements individuels.

