Un jour, quelqu’un m’a dit qu’il fallait « faire attention à son poids ». La grossophobie commence souvent par réduire quelqu’un à son corps.
Lutte Féministe
La grossophobie désigne l’ensemble des discriminations, stigmatisations et violences visant les personnes grosses ou perçues comme telles, en raison de leur poids ou de leur corpulence. Elle repose sur des normes corporelles valorisant la minceur et sur des stéréotypes associant la grosseur à la paresse, au manque de volonté ou à une mauvaise santé.
La grossophobie trouve son origine dans des normes sociales et culturelles valorisant la minceur comme idéal esthétique, moral et sanitaire. Ces normes se sont renforcées au cours du XXᵉ siècle avec la médicalisation du poids, la diffusion de discours hygiénistes et le développement d’industries centrées sur la perte de poids.
Le surpoids et l’obésité ont progressivement été présentés non seulement comme des enjeux de santé publique, mais aussi comme des défaillances individuelles, occultant les déterminants sociaux, économiques, génétiques et environnementaux du poids.
Personne touchées
- Les personnes grosses, en surpoids ou obèses.
- Les personnes perçues comme grosses.
- Les personnes grosses, en surpoids ou obèses.
- Les personnes perçues comme grosses, indépendamment de leur état de santé réel.
De manière accrue, les femmes, les personnes précaires et certaines minorités, du fait de discriminations croisées.
Elle affecte la vie sociale, professionnelle, médicale et psychologique des personnes concernées.
D'où ça vient ?
- Stigmatisation sociale du corps gros.
- Responsabilisation individuelle excessive, ignorant les facteurs structurels du poids.
- Médicalisation abusive, réduisant les personnes à leur IMC.
- Normes esthétiques dominantes véhiculées par les médias et la publicité.
- Biais implicites, y compris chez les professionnel·les de santé.
Ces mécanismes produisent des discriminations systémiques reconnues par les institutions de santé publique.
- Moqueries, insultes et harcèlement, dès l’enfance.
- Discriminations à l’embauche et au travail.
- Maltraitance médicale (refus de soins, diagnostics réduits au poids).
- Stigmatisation médiatique.
- Aménagements inadaptés (transports, mobilier, équipements).
L’OMS souligne que la stigmatisation liée au poids constitue un obstacle majeur à la santé et à l’accès aux soins.
Si toi aussi tu subis de la discrimination, sache que tu n’es pas seul·e.
En parler est déjà un premier pas.
N’aie jamais honte de ton histoire.
Les mots tels que « obèse », « en surpoids », « énorme » ou « ronde » sont souvent utilisés pour remplacer le qualificatif « gros », dans le but d’exagérer une situation ou de renvoyer une personne uniquement à sa forme corporelle. Parfois, ces termes servent à désigner seulement certaines parties du corps, réduisant ainsi l’individu à une condition physique ou à sa morphologie. Tout cela repose sur une échelle sociale et culturelle qui évolue selon les sociétés, voire selon les individus eux-mêmes.
Sur l’image ci-dessus, on peut voir un exemple de grossophobie banalisée. La personne est présentée avant tout à travers son ventre, mis en avant comme un signe de « mauvaise nutrition ». Son expression de dégoût face à un légume renforce l’idée stéréotypée selon laquelle les personnes grosses rejetteraient automatiquement une alimentation saine. Cette mise en scène réduit la personne à son corps et à des choix alimentaires supposés, plutôt que de la représenter comme un individu à part entière.
Qu'en dit la Science?
La science définit la grossophobie comme une forme de stigmatisation et de discrimination fondée sur le poids ou la corpulence réelle ou perçue d’une personne. Les recherches en psychologie sociale, en sociologie et en santé publique montrent qu’elle ne repose pas sur des données médicales, mais sur des normes sociales et esthétiques, des stéréotypes et des jugements moraux associés au corps gros. La grossophobie peut être individuelle, mais aussi institutionnelle, lorsqu’elle est intégrée aux pratiques médicales, éducatives, professionnelles ou médiatiques. Elle touche des personnes de tous âges et de toutes conditions, indépendamment de leur état de santé réel, et s’inscrit dans des systèmes plus larges de validisme, de sexisme et de contrôle des corps.
Situation en Europe
En Europe de l’Ouest, la grossophobie est reconnue comme un facteur de discrimination, notamment dans l’emploi et la santé. Toutefois, elle reste insuffisamment prise en compte dans les politiques publiques antidiscriminatoires.
En Europe de l’Est et dans les Balkans, la grossophobie est peu documentée institutionnellement. Les normes corporelles strictes et la stigmatisation sociale y sont largement répandues.
À l’échelle de l’Union européenne, plusieurs études soulignent que la discrimination liée au poids est fréquente, mais encore peu intégrée dans les cadres juridiques formels de lutte contre les discriminations.
Situation Mondial
En Asie, les normes de minceur sont particulièrement fortes dans certains pays, exposant les personnes grosses à une stigmatisation sociale intense et à des discriminations quotidiennes.
En Amérique latine, la grossophobie coexiste avec des injonctions corporelles contradictoires. Les normes esthétiques et la médicalisation du poids contribuent à la stigmatisation
En Afrique du Nord, les normes corporelles varient selon les contextes, mais la médicalisation croissante du poids favorise l’émergence de formes de grossophobie.
En Afrique subsaharienne, la perception sociale du poids est contrastée selon les régions et les contextes urbains ou ruraux. La stigmatisation progresse avec l’adoption de normes sanitaires globalisées.
En Océanie, la grossophobie est reconnue comme un problème de santé publique, notamment dans les populations autochtones, souvent exposées à des discours stigmatisants et à des inégalités structurelles de santé.
En Amérique du Nord, la grossophobie est largement documentée, notamment dans le monde du travail et le système de santé. Des recherches montrent des discriminations systémiques liées au poids, malgré une prise de conscience croissante.
Grossophobie internalisée / attitudes des personnes anciennement grosses
Une forme particulière de discrimination
La stigmatisation liée au poids peut aussi être internalisée par les personnes elles-mêmes ou par celles qui ont vécu une expérience de poids plus élevé. Ce biais internalisé du poids désigne le fait qu’une personne adopte et intériorise des stéréotypes négatifs sur les personnes grosses, croyant que ces jugements s’appliquent à elle-même ou à d’autres. Il ne s’agit pas d’une discrimination institutionnelle, mais d’un mécanisme psychologique et social relevant de la stigmatisation intériorisée.
Des études cliniques sur l’internalized weight bias montrent que des personnes ayant été en surpoids ou obèses peuvent continuer à adhérer à des croyances négatives (« les gros sont paresseux, sans volonté ») même après une perte de poids, et ces attitudes sont associées à une détresse psychologique, une faible estime de soi ou des comportements alimentaires perturbés. Ce phénomène est observé indépendamment de l’IMC réel, suggérant qu’il s’agit d’une croyance intériorisée fortement socialisée, et non simplement d’une perception objective.
Ce phénomène trouve sa source dans la stigmatisation culturelle du poids, qui est omniprésente dans les normes sociales, médiatiques et médicales. Les personnes qui ont été exposées longtemps à des attitudes anti-gros — même si elles ont ensuite perdu du poids — ont souvent intégré ces normes comme des vérités sur la valeur, la moralité ou la discipline. Le fait de perdre du poids peut parfois renforcer la croyance que la minceur est une preuve de valeur personnelle, et cette perspective intériorisée peut produire des jugements négatifs envers les personnes encore grosses.
D'où ça vient ?
Mécanismes spécifiques
Les mécanismes qui expliquent pourquoi des personnes anciennement grosses peuvent développer ou maintenir des attitudes grossophobes incluent :
- Internalisation de normes sociales valorisant la minceur au point d’en faire une mesure de mérite personnel.
- Effet de confirmation cognitive : en observant leur propre perte de poids, certaines peuvent percevoir cela comme la preuve que la norme mince est juste, et projeter cette croyance sur d’autres.
- Peur d’être associées à un groupe stigmatisé : pour éviter l’ostracisation, certaines personnes anciennement grosses peuvent adopter des attitudes sévères envers celles qui sont encore sujettes à la stigmatisation.
Ces processus relèvent plus de dynamique psychologique personnelle et sociale que de discrimination institutionnelle structurée.
La grossophobie a des conséquences importantes et documentées sur la santé et les trajectoires de vie des personnes concernées. Elle est associée à une dégradation de la santé mentale (stress chronique, anxiété, dépression, troubles du comportement alimentaire), à un évitement ou un retard d’accès aux soins par peur du jugement médical, et à des discriminations dans l’emploi, l’éducation et les relations sociales. À l’échelle sociétale, la grossophobie renforce les inégalités de santé, entretient la stigmatisation des corps et nuit à l’efficacité des politiques de prévention, en détournant l’attention des déterminants sociaux et environnementaux de la santé. Elle constitue ainsi un enjeu majeur de santé publique et de justice sociale.


