Un jour, quelqu’un a reculé en entendant le mot VIH. Cette peur, nourrie par l’ignorance, a un nom : la sérophobie, et elle isole bien plus que le virus.
Lutte sociale/santé
La sérophobie désigne l’ensemble des discriminations, stigmatisations et violences visant les personnes vivant avec le VIH, fondées sur leur statut sérologique réel ou supposé. Elle repose sur la peur de la transmission, la méconnaissance scientifique du VIH et des représentations morales associant encore le virus à certaines populations.
La sérophobie trouve son origine dans l’émergence du VIH/sida au début des années 1980, dans un contexte de panique sanitaire, de forte mortalité et d’absence de traitements efficaces. Le virus a rapidement été associé à des groupes déjà marginalisés (hommes gays, personnes usagères de drogues, travailleuses et travailleurs du sexe), ce qui a renforcé des logiques de stigmatisation morale et sociale.
L’absence initiale d’informations fiables, puis la diffusion de discours alarmistes ou culpabilisants, ont durablement ancré l’idée que les personnes vivant avec le VIH seraient dangereuses, irresponsables ou fautives. Malgré les avancées scientifiques majeures, ces représentations persistent.
Personne touchées
- Les personnes vivant avec le VIH (PVVIH)
De manière indirecte, certaines populations plus exposées au VIH (hommes gays et bisexuels, personnes trans, migrant·es, usager·es de drogues), en raison d’amalgames persistants.
Elle affecte l’ensemble des sphères de vie : santé, emploi, logement, vie affective et sociale.
D'où ça vient ?
- Méconnaissance scientifique du VIH et de ses modes de transmission.
- Peurs irrationnelles liées au contact social ou professionnel.
- Criminalisation et judiciarisation de la transmission du VIH dans certains pays.
- Confusion entre VIH et sida, entre séropositivité et danger immédiat.
- Moralisation de la maladie, associée à des jugements sur la sexualité ou les modes de vie.
Ces mécanismes sont aujourd’hui identifiés comme des freins majeurs à la prévention, au dépistage et à l’accès aux soins.
- Refus ou retard de soins, y compris de la part de professionnel·les de santé.
- Discriminations à l’embauche ou au travail.
- Ruptures familiales ou sociales, isolement affectif.
- Violences verbales et psychologiques, parfois physiques.
- Divulgation non consentie du statut sérologique.
- Criminalisation disproportionnée, même en l’absence de risque réel de transmission.
Les institutions internationales rappellent que les personnes vivant avec le VIH sous traitement efficace ne transmettent pas le virus (indétectable = intransmissible).
Si toi aussi tu subis de la discrimination, sache que tu n’es pas seul·e.
En parler est déjà un premier pas.
N’aie jamais honte de ton histoire.
Qu'en dit la Science?
La science montre que la sérophobie repose principalement sur des peurs irrationnelles, une méconnaissance des modes réels de transmission du VIH et des représentations sociales héritées des débuts de l’épidémie.
Les recherches en santé publique et en sciences sociales soulignent que cette stigmatisation a des conséquences graves : elle freine le dépistage, complique l’accès aux soins, détériore la santé mentale des personnes séropositives et renforce leur isolement social. Les études démontrent pourtant qu’avec les traitements actuels, une personne vivant avec le VIH et ayant une charge virale indétectable ne transmet pas le virus, ce qui fait de la sérophobie un phénomène déconnecté des données scientifiques contemporaines.
Situation en Europe
En Europe de l’Ouest, les traitements antirétroviraux sont largement accessibles et les cadres juridiques protègent en principe les personnes vivant avec le VIH. Toutefois, la sérophobie persiste dans les pratiques sociales, professionnelles et médicales, souvent liée à une méconnaissance du VIH.
En Europe de l’Est et dans les Balkans, la sérophobie est renforcée par une forte stigmatisation sociale et des politiques de santé parfois insuffisantes. L’accès aux soins et à la prévention y est plus inégal, et la peur du rejet freine le dépistage.
À l’échelle de l’Union européenne, les institutions reconnaissent la sérophobie comme une discrimination spécifique. Les données montrent que de nombreuses personnes vivant avec le VIH continuent de signaler des discriminations, malgré les avancées médicales et les recommandations officielles fondées sur les preuves scientifiques.
Situation Mondial
En Asie, la sérophobie est souvent liée à une forte moralisation de la sexualité et à des cadres juridiques répressifs. La peur de la discrimination limite le dépistage et le suivi médical.
En Amérique latine, des progrès importants ont été réalisés en matière d’accès aux traitements, mais la stigmatisation et la criminalisation du VIH demeurent dans plusieurs pays, freinant la prévention.
En Afrique du Nord, la stigmatisation du VIH est très élevée, en lien avec des normes sociales conservatrices et une faible visibilité publique des personnes vivant avec le VIH.
En Afrique subsaharienne, région la plus touchée par le VIH, les efforts de santé publique ont permis des avancées majeures, mais la sérophobie reste un obstacle important à la prévention, au dépistage et à l’adhésion aux traitements.
En Océanie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande disposent de politiques de santé avancées, mais la sérophobie persiste sous forme de stigmatisation sociale et de discriminations individuelles.
En Amérique du Nord, l’accès aux traitements est globalement bon, mais la sérophobie reste présente, notamment dans certains milieux professionnels, juridiques et sociaux. Aux États-Unis, les inégalités d’accès aux soins accentuent les discriminations.
Focus : coupes budgétaires US et conséquences mondiales : En Amérique du Nord, les États-Unis jouent un rôle central dans la réponse mondiale au VIH via leur financement de programmes internationaux (notamment PEPFAR). Or, plusieurs décisions et orientations budgétaires sous Donald Trump ont entraîné des disruptions : en 2025, une pause/gel de l’assistance étrangère américaine a été signalée comme ayant eu un impact immédiat sur la délivrance de médicaments et de services de prévention VIH dans des pays dépendants de ces financements. UNAIDS
Des analyses indiquent aussi que les perturbations de financement de PEPFAR ont été associées à une baisse d’accès à des services et traitements ARV, PrEP, tests de charge virale/CD4, etc. KFF
Dans certains pays, ces coupes ont eu des conséquences très concrètes sur le terrain : par exemple, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, des médias ont documenté l’impact d’une suspension de l’aide américaine sur le fonctionnement de cliniques et services VIH, illustrant l’effet domino au-delà des États-Unis. The Guardian
la sérophobie a des conséquences graves et documentées sur les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et sur la société dans son ensemble. Elle se traduit par de la discrimination, de l’isolement social, des violences, une dégradation de la santé mentale (anxiété, dépression, idées suicidaires) et une perte de confiance envers les institutions médicales. Surtout, la sérophobie constitue un obstacle majeur à l’accès au dépistage, aux soins et à l’adhésion aux traitements, par peur du rejet, du jugement ou de la divulgation forcée du statut sérologique. À l’échelle sociétale, cette stigmatisation freine les politiques de prévention, alimente la désinformation sur le VIH et contribue au maintien de la transmission du virus, alors même que les traitements actuels permettent de vivre en bonne santé et d’empêcher toute transmission. La sérophobie n’est donc pas seulement une injustice sociale :
Elle est un problème de santé publique.




